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Pourquoi la ville de Ðiện Biên Phủ nous a marquée

Les enfants qui s’amusent dans les tranchées réclamées par la nature.

Qui crient, qui courent, qui jouent à cache-cache dans les vestiges d’un champ de bataille, maintenant transformé en un joli parc commémoratif. Et qui, visiblement, sert aussi de terrain de jeux pour les jeunes familles.

Ðiện Biên Phủ, une ville dont on nous ne savions strictement rien, nous offrait une introduction saisissante avec le Vietnam

— Ça te fait quelque chose, Marie ?

Julien devine mes pensées qui se bousculent.

Une grande sœur d’à peine 7 ans nous dépasse en riant, son petit frère accroché à son dos. Il nous lance un grand sourire édenté.

Hello ! Hello !

Des petites mains salies de terre qui nous saluent, des gloussements exagérés.

Des pieds qui gambadent sur des terres sanglantes, frappées par les calamités d’une guerre vieille d’à peine 71 ans.

Le portrait a de quoi troubler.

Touchant ? Triste ? Beau ?

Un peu de tout ça, peut-être.

La bataille historique de Ðiện Biên Phủ

Plus on voyage, plus on réalise que l’histoire qu’on nous enseigne a passé à travers le tamis de l’Occident : garder ce qui nous arrange, écarter ce qui dérange.

Alors qu’est-ce qu’on fait, lorsqu’on débarque dans une nouvelle ville ? On se rend au musée pour la redécouvrir à travers un regard neuf.

Le musée de la Victoire de Ðiện Biên Phủ est divisé en 3 sections : une salle de projection, un couloir d’artéfacts et un mystérieux deuxième étage.

On commence par les vitrines : uniformes, armes, objets de la guerre d’Indochine. Et parmi tout ça, d’immenses photographies en noir et blanc. Sur plusieurs d’entre elles, un homme, toujours le même, y apparaît. Tantôt en grande discussion, tantôt posé avec le président de l’époque, Hồ Chí Minh.

Curieuse, je lis l’inscription avec intérêt:

L’honorable et courageux général Võ Nguyên Giáp, héros, génie, camarade toujours d’une grande clémence envers l’ennemi…

Je souris : décidément, il ne manque pas d’adjectifs pour l’élogier.

Dans les grandes lignes, il faut savoir que, depuis 1887, l’empire colonial français contrôlait les actuels territoires du Laos, du Cambodge et du Vietnam sous son joug, « l’Indochine ».

Puis, en 1945, le Vietnam déclare son indépendance, que la France refuse de reconnaître. S’en suit la guerre d’Indochine et, éventuellement, son point culminant : la grande bataille de Ðiện Biên Phủ, menée par Võ Nguyên Giáp.

La bataille meurtrière a joué un rôle décisif dans la libération du pays : le 7 mai 1954, les forces communistes du Viet Minh remportent la victoire contre les troupes françaises, précipitant les accords de Genève.

Deux mois plus tard, l’Indochine n’est plus.

On grimpe l’escalier en colimaçon pour rejoindre le deuxième étage.

Nous sommes plongés dans le noir total.

— Euh… Hi ?

D’un coup, des projecteurs s’allument. Des haut-parleurs se mettent à cracher de la musique patriotique à plein volume. Je cligne des yeux : une fresque panoramique 360º de la Bataille de Ðiện Biên Phủ se révèle sous nos yeux ébahis.

Les Vietnamiens ont décidément le sens du spectacle.

Je glisse à travers l’impressionnante pièce, où les moments forts de la bataille se rejouent sous nos yeux.

Les routes creusées à la main par l’armée Viet Minh, serpentant la jungle avoisinante.

L’artillerie lourde, démontée pièce par pièce puis hissée à bout de bras sur ces mêmes chemins.

La vallée assiégée, les colonisateurs bombardés sans relâche depuis les montagnes.

Les parachutistes français largués en renfort, qui se jettent dans le chaos, tentant de renverser la vapeur.

Les avions qui descendent en piqué.

Puis la colline A1, dynamitée.

1 tonne d’explosifs, l’ultime clou dans le cercueil. La forteresse française tombe.

La victoire écrasante du Viet Minh.

Et derrière, des milliers de corps laissés dans la boue.

La colline A1, d’hier à aujourd’hui

Le cratère béant entouré de fleur.

C’est la première chose que l’on remarque lorsqu’on se promène sur la colline A1, qui surplombe une partie de la ville.

Le témoin de l’explosion du 6 mai 1954, demeuré tel quel.

On voit sous nos yeux les cicatrices de la guerre : les bunkers abandonnés, les chars d’assaut rongés par la rouille, et ce cratère. Symbole sinistre pour certains, victorieux pour d’autres.

Mais le soleil brille. La nourriture est à tomber par terre. Les cafés vietnamiens pullulent chaque coin de rue. Les hommes jouent aux cartes en fumant. Les femmes vendent une surabondance de fruits à même les trottoirs. Les enfants conduisent des scooters et nous envoyant la main.

Les gens ne sont que sourires et chaleur envers 2 touristes qui ne collent pas dans le décor.

La vie trouve toujours le moyen de continuer.

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